On parle de « crise climatique » partout, et beaucoup moins de l'autre effondrement, tout aussi grave : celui du vivant. Pourtant les chiffres sont sans appel — environ un million d'espèces menacées d'extinction, et plus de 70 % de déclin moyen des populations de vertébrés sauvages suivies en cinquante ans. Voici pourquoi, sans catastrophisme, mais sans édulcorer. C'est la suite naturelle de notre pilier « c'est quoi la biodiversité ».

De quoi on parle exactement

Deux repères font autorité. L'IPBES — la plateforme scientifique intergouvernementale sur la biodiversité, l'équivalent du GIEC pour le vivant — a conclu en 2019, à partir de 15 000 références, qu'environ un million d'espèces animales et végétales sont menacées d'extinction, beaucoup dans les prochaines décennies. L'indice Planète Vivante (WWF / Société zoologique de Londres) mesure, lui, l'évolution des populations : plus de 70 % de déclin moyen sur les populations de vertébrés suivies depuis 1970. Ce n'est pas « la fin du monde demain » — c'est un délitement rapide et mesuré du tissu vivant.

Les cinq causes, dans l'ordre

L'IPBES classe les responsables. Aucun n'est une fatalité — tous sont des décisions humaines.

  1. La destruction et la fragmentation des habitats (cause n°1). Artificialisation des sols, agriculture intensive, arrachage des haies : on n'a pas seulement détruit des milieux, on a découpé ce qui restait en îlots isolés où les espèces ne circulent plus. La France a perdu environ 70 % de ses haies depuis 1950 — autant de corridors coupés.
  2. La surexploitation : prélever plus vite que la nature ne se renouvelle (pêche, chasse, cueillette, ressources).
  3. Le changement climatique : il déplace les aires de vie plus vite que les espèces ne peuvent suivre, et se combine aux autres causes.
  4. Les pollutions : pesticides, excès d'azote, plastiques, lumière artificielle. Le déclin des insectes — jusqu'à 75 % de biomasse en moins sur certaines zones protégées d'Europe en trente ans — en est le symptôme le plus alarmant, parce que les insectes sont la base de presque toutes les chaînes alimentaires.
  5. Les espèces invasives : introduites par l'homme, elles déséquilibrent les milieux où elles n'ont pas de régulateur.

Pourquoi ça nous concerne directement

La biodiversité n'est pas un décor : c'est l'infrastructure qui nous fait vivre. Les pollinisateurs assurent une large part de notre alimentation. Les sols vivants filtrent l'eau et stockent le carbone. Les haies et les zones humides amortissent inondations et sécheresses. Quand le vivant s'effondre, ce sont ces services gratuits qui se dégradent — et qu'il faudrait remplacer, à grands frais, par des solutions techniques toujours moins efficaces.

Ce qui inverse la courbe : reconnecter

Le problème étant d'abord un problème d'habitats détruits et coupés, la solution est de recréer des milieux et de les relier. C'est exactement l'échelle d'un jardin. Une pelouse rase est un désert biologique ; une prairie, une haie champêtre, une mare, un tas de bois deviennent des refuges — et, mis bout à bout de jardin en jardin, des corridors écologiques. Les jardins privés couvrent en France une surface qui dépasse celle de bien des réserves naturelles : leur transformation change la donne.

C'est là qu'intervient une nouvelle génération de paysagistes — ceux qui créent du vivant plutôt que du décor. Concrètement, on peut agir dès cette saison : planter une haie (souvent avec des aides), remplacer une partie du gazon par une prairie, creuser une mare. Et pour être accompagné, notre guide pour trouver un paysagiste biodiversité détaille les bonnes questions à poser.

L'effondrement est réel, mais il n'est pas irréversible partout : le vivant recolonise vite dès qu'on lui rend de la place. La bonne nouvelle tient en une phrase — chaque mètre carré rendu au vivant compte, et il commence souvent derrière chez soi.

Sources : IPBES, Rapport de l'évaluation mondiale sur la biodiversité (2019) ; WWF, Rapport Planète Vivante (indice LPI) ; Hallmann et al. 2017 (déclin de la biomasse d'insectes) ; Office français de la biodiversité — consultées le 02/07/2026.